Succession
- be_caro
- il y a 4 heures
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Depuis bientôt 6 mois, je me plie à toutes les exigences administratives, aux absurdités et incohérences du système. Ceci en bonne partie pour en arriver à ce point précis où je me suis retrouvée : devant ce papier, l'acceptation de la succession. J'étais heureuse de le recevoir, c'était un signe que les choses avançaient. J'avais hâte de le signer...
Je pensais avoir fait du chemin jusqu'à ce que je le tienne réellement entre mes mains. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai dû expliquer, recommencer, dire et dire encore que mon mari était mort. Tout cela, tout ce que j'ai vécu, mis bout à bout, m'a amenée à ce point, devant ce papier. Et pourtant, jamais je n'ai soupçonné qu'il serait si difficile à signer.
Accepter sa succession c'est un geste concret, performatif; c'est comme entériner sa mort. Plus que tout autre, plus que l'acte de décès, il représente notre vie désormais sans lui. Et j'ai beau savoir que l'essentiel est ailleurs, apposer ma signature sur ce document a été très douloureux, c'était comme consentir à ce que ce qu'il nous reste de sa vie s'y résume.
Mon coeur savait que c'est faux, mais mon esprit, lui, présentait encore et encore cette croyance comme une réalité. Je ne savais pas comment lutter, comment signer en n'y voyant qu'une étape le long de notre chemin... je l'ai fait à bout de fatigue, de guerre lasse pourrait-on dire. Je l'ai fait en sentant que je me chargeais d'un poids que mes filles n'ont pas à comprendre. J'ai fugacement envié leur jeune âge.
Et j'ai eu besoin de passer par le cimetière pour trouver en moi et à travers lui le courage d'aller poster cet énième acte administratif. J'espère que demain, ou bientôt, je me sentirai soulagée.




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