Un temps à moi
- be_caro
- il y a 5 heures
- 2 min de lecture
Le décès brutal de mon mari a commencé par lever toute temporalité. J'ai passé une nuit à pleurer, à parler, à essayer de respirer, à regarder la lune et à espérer me réveiller alors que je ne m'étais pas endormie. Puis, au matin, le temps s'est emballé, il y avait tant de personnes à prévenir, tant de choses à régler, à organiser.
Et voilà qu'aujourd'hui je saisis les contours d'un besoin dont je n'avais pas conscience: celui d'avoir un temps à moi. Et pas un temps pour moi. C'est subtil, mais c'est différent. Bien sûr, vivre avec les autres, c’est faire se rencontrer des temporalités, un peu à l'image des courants marins qui se croisent avant que chacun ne reprenne sa route.
Moi, je n'ai plus aucun temps à habiter. Je suis ballotée, voir écrasée par les temps des autres. Si je me garde du temps pour moi, c'est une pause arrachée de haute lutte et c'est bien souvent chronométré. Je cale mes repas, mes activités, mes rendez-vous sur les horaires des enfants. Je voudrais pouvoir m'effondrer derrière la télé, mais je vais me coucher presque en même temps qu'eux. Je travaille, fais les courses, la cuisine, le ménage, la lessive et je réponds aux exigences adminstratives.
Ne pas avoir de temporalité, c'est être en permanence en suradaptation, c'est subir les exigences du monde. C'est être réduite à ne répondre qu'à mes nécessités vitales, fonctionnelles. Par conséquent, c'est aussi l'impossibilité de laisser émerger la possibilité d'un besoin propre. Parfois je me dis que c'est une question... de temps... et que viendra un jour où je pourrais à nouveau m'installer dans une temporalité qui se déploierait à partir de moi et dont l'horizon pourrait me comprendre, avec les autres.




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