Celle qui sait
- be_caro
- il y a 2 jours
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Dès mon arrivée à l'hôpital, avant même de pouvoir être au chevet de mon mari, je suis devenue "celle qui sait". C'est un de ces souvenirs dont on sent sur le moment même qu'il marque un tournant, cet instant où la vie prend un virage au frein à main, sans délicatesse pour qui l'on est, sans se préoccuper des dommages collatéraux.
C'est vous qui savez, ce sont vos enfants.
Cette phrase, c'est le médecin en charge des soins intensifs qui la prononça ce jour-là. Ce n'était pas une balle qui atterrissait dans mon camp, c'était un obus qui pénétrait avec fracas au plus profond de mon être. Dès l'hôpital, j'ai dû décider... comment et quoi dire aux enfants, si je souhaitais un accompagnement spirituel, si j'acceptais une autopsie, etc.
Ensuite il y a eu les obsèques, les habits, le cercueil, l'ensevelissement... Peu porté à l'introspection, lorsque j'avais un jour interrogé mon mari sur ses dernières volontés, il m'avait répondu que cela lui était bien égal puisqu'il ne serait plus là: je n'avais qu'à faire comme je voudrais. Remonter à ce moment, c'est voir que déjà, il avait fait de moi celle qui saurait, c'est lui en vouloir et pardonner dans un même mouvement.
Depuis sa mort, je suis souvent prise de vertiges face au gouffre abyssal des milliards de décisions qu'il me faudra encore prendre ces prochaines années, pour moi, pour mes filles, pour ses affaires. Il y a des jours où le poids est trop lourd, des jours où je voudrais me recroqueviller sur moi-même et faire la sourde oreille face aux appels du monde.
Alors oui, j'ai de l'aide autour de moi, mais il y a des lieux invisibles où je me retrouve seule. C'est alors comme si je cherchais sa main à tâtons dans le noir... pour me rassurer, pour combler cet immense sentiment de vide et d 'abandon que j'éprouve. Et si je sais bien qu'il est là, autrement, je ne trouve aucune main qui me rassurerait et me donnerait confiance comme la sienne le faisait.



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