Déposer n'est pas se plaindre
Perdre son partenaire de vie, c'est perdre un regard aimant, une écoute attentive, c'est perdre le partage de son monde. Au début du deuil de mon mari, j'ai pensé que mes filles et moi allions être une équipe, que nous serions unies. Puis j'ai compris que leurs besoins et les miens étaient différents. J'ai eu à me souvenir qu'elles sont des enfants et moi une adulte.
En tant que telle, je me suis retrouvée avec une charge mentale de gestion, d'organisation et de prise de décisions qui dépassait de loin tout ce que j'avais jamais pu imaginer. Alors j'ai essayé d'avancer en me respectant, en me souvenant de là d'où je viens, en n'oubliant pas que les chimios ont encore en otage une partie de mes capacités cognitives. Ce surplus de problèmes, de dilemmes, d'émotions, de cris d'injustice, de choix à faire, il m'est impossible d'y faire face seule.
Je me suis beaucoup tue, déjà pendant la maladie, pour ne pas étouffer les relations, pour essayer de maintenir mes amitiés et ne pas les noyer sous mes problèmes. Or j'ai longtemps bloqué sur le fait que j'avais le sentiment que parler de ma vie, c'était une longue plainte sans fin. Mais il y a des jours, des soirs, des nuits où c'est trop dur et où les enjeux, mes angoisses, mes doutes débordent de partout et il n'y a plus quelqu'un sous mon propre toit avec qui les partager.
J'ai l'immense chance d'avoir deux amies chères à mon coeur qui ont ouvert une porte pour moi, celle des messages vocaux qui me permettent d'aller déposer ma peine, mes craintes, ma rage parfois, dans un espace sécure où il sera entendu. Jamais jugé. Elles ont su trouver les mots pour que je me sente libre d'y avoir recours sans pour autant me sentir misérable. Et sincèrement ça me sauve. Je crois que c'est parce qu'ainsi, dans la possibilité de ce partage, je rejoins le monde humain, ce monde où l'on a parfois juste besoin d'être reconnu.e et validé.e dans qui on est et ce qu'on traverse.
Ces messages me permettent de maintenir hors de ma relation à mes enfants ce qui n'a pas à y être. Mes amies m'ont eu la patience de m'apprendre que déposer n'est pas se plaindre et que le besoin de dire, d'être entendu.e est légitime. Je leur dédie ce post et je dépose ici avec ces quelques mots, ma gratitude infinie et mon amour.

crédit : regencygirl123



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